Le cerveau juge en une seconde. Il se trompe en une seconde aussi.
Regardez un visage inconnu : avant même d'avoir décidé quoi que ce soit, vous lui avez déjà attribué un caractère, une compétence, une honnêteté, parfois un camp. Ce réflexe est rapide, automatique, et largement partagé d'une personne à l'autre. Le problème n'est pas qu'il existe. Le problème est qu'il est à peu près aussi fiable qu'une pièce de monnaie, et qu'il pèse sur des décisions réelles : qui on embauche, qui on croit, pour qui on vote.
Ce que montrent les études
- La compétence « lue » sur le visage prédit les élections. En demandant à des participants de juger en une seconde lequel de deux candidats paraissait le plus compétent, Alexander Todorov et ses collègues ont prédit l'issue d'environ 70 % des élections sénatoriales américaines de leur échantillon. Les participants ne connaissaient pas les candidats. Todorov, Mandisodza, Goren & Hall, Science, 2005.
- Des enfants font aussi bien que des adultes. À Lausanne, des enfants de 5 à 13 ans devaient choisir, entre deux visages, le « capitaine » de leur bateau. Ils désignaient le vainqueur réel d'élections législatives françaises aussi souvent que des adultes. Ce n'est pas de l'expertise politique, c'est un stéréotype précoce. Antonakis & Dalgas, Science, 2009.
- Deviner le bord politique, ça marche à peine. Sur des visages neutres, les participants devinent l'orientation politique un peu au-dessus du hasard, autour de 55 à 60 %. L'écart s'explique par des stéréotypes communs sur l'apparence, pas par une lecture fiable. Rule & Ambady, PLoS ONE, 2010.
- Nous nous trompons tous de la même manière. Les impressions tirées des visages sont très consensuelles et très peu exactes. Quand tout le monde se trompe pareil, chacun a l'impression d'avoir raison. Olivola & Todorov, Journal of Nonverbal Behavior, 2010.
- La beauté rapporte des voix. En Finlande, les candidats jugés plus beaux par des évaluateurs étrangers obtiennent plus de suffrages, surtout quand ils sont peu connus. Quand on ne sait rien, on vote la photo. Berggren, Jordahl & Poutvaara, Journal of Public Economics, 2010.
Aucun de ces travaux ne dit que le visage révèle quoi que ce soit. Ils disent le contraire : que nous agissons comme si c'était le cas. Ce jeu vous met dans cette position, avec le filet de sécurité d'une bonne réponse à la fin.
Comment on classe
La « bonne réponse » est le groupe parlementaire dans lequel la personne siège, d'après les données ouvertes de l'Assemblée nationale et du Sénat, ramené à cinq travées :
- Extrême gauche : La France insoumise – NFP.
- Gauche : Socialistes, Écologistes, Gauche démocrate et républicaine (Assemblée) ; Socialiste, écologiste et républicain, Écologiste – Solidarité et territoires, Communiste républicain citoyen et écologiste – Kanaky (Sénat).
- Centre : Ensemble pour la République, Les Démocrates, Horizons, LIOT (Assemblée) ; RDPI, RDSE, Union centriste et indépendants, Les Indépendants (Sénat).
- Droite : Droite républicaine et Union des droites pour la République (Assemblée) ; Les Républicains (Sénat).
- Extrême droite : Rassemblement national (Assemblée) ; Union nationale pour les territoires (Sénat).
Ce découpage suit l'ordre des sièges dans l'hémicycle, pas une opinion sur les personnes. Certains groupes sont à cheval sur deux travées : Horizons est du centre-droit, l'UDR siège entre la droite et l'extrême droite, le groupe communiste est au bord gauche. C'est pour cela qu'une réponse à un cran d'écart vaut un demi-point. Les non-inscrits, qui ne siègent dans aucun groupe, ne sont pas dans la pioche.
Les limites, pour être honnête
- Un élu peut changer de groupe en cours de mandat ; les données sont rafraîchies, mais pas en temps réel.
- Vous reconnaîtrez certains visages. Ce n'est pas tricher, c'est de la culture générale ; mais ce n'est plus un test de votre œil.
- Une photo officielle n'est pas un visage « neutre » : l'élu a choisi sa tenue, son sourire, parfois sa coiffure. C'est aussi ce qui rend le jeu intéressant.